Critiques
Publié le 12 avril 2017
par Théo Thiant

Grave : Ni bon, ni comestible

Aujourd’hui une première sur AnotherVibe. Tout d’abord il s’agit du premier film d’horreur dont nous faisons la critique, mais il s’agit également d’une première, véritable et sincère déception. Cette déception s’appelle Grave, et il nous rend assez triste. Pourquoi un film qui semble s’attirer les louanges des critiques et des spectateurs – doublé d’une communication plutôt poussée pour un film de genre – n’est pas parvenu à nous convaincre, ou pire, à nous divertir.

Justine est végétarienne, comme le reste de sa famille. Elle intègre une prestigieuse école vétérinaire – ou se trouve également sa sœur et, brillante élève qu’elle est, un futur radieux semble s’ouvrir à elle. En bref, la vie de Justine semble toute tracée et un brillant avenir et à l’arrivée. Mais qui dit de rentrer dans une grande école indique de passer par une première année, qui ne manque bien évidemment pas d’être sous le signe du bizutage. Aspergée de sang de cochon, réveillée en pleine nuit … Justine semble tenir le coup, jusqu’au moment où on la force à manger de la viande, chose qu’elle n’avait jamais faite. Cette première expérience l’amènera à se délecter de plus en plus du goût de la viande, l’amenant au cannibalisme.

Avant de parler du film en lui-même, intéressons nous à la campagne qui a été faite autour. Il est tout d’abord rare de noter un abattage médiatique aussi important pour un film de genre – et plus particulièrement en France. Gagnant du prix du festival fantastique de Paris 2016 (PIFFF 2016) où le film était présenté en avant-première, c’est au festival de Sundance que le film a été remarqué. La raison ? Plusieurs spectateurs auraient été choqués par le film, au point d’en avoir été malade pendant la séance. Des rumeurs qui semblaient vrais par la suite puisque des faits similaires se sont produit en France au début de l’exploitation du film.

Mais évoquer ce fait divers n’a sans doute pas été que bénéfique au film. Certes cela sembler lui donnait un certain potentiel, puisque le film semblait pouvoir rivaliser avec les meilleurs films gore. Toute fois, ce n’est pas du tout un gage de qualité, et partir avec trop d’attentes peut donner une amère surprise. Même en occultant cela, l’encensement dont le film a fait preuve ne laissait guère d’autres choix que de partir confiant. En bref, on avait de l’espoir.

Le premier reproche à faire, si ce n’est le principal, et le manque de vraisemblance du film. Parler de vraisemblance dans un film de genre et assez étrange nous l’admettons, cependant cet argument est valide dans ce cas présent. Grave se veut être un film réaliste, où la dépendance cannibale de Justine est donc très clairement vue comme une anomalie. Hors, ici, on nous impose une multitude de scène toutes moins crédibles les unes que les autres, tantôt rattrapées par la réalité, mais tantôt non en grande majorité.

Ajouter à cela que plus de la moitié des scènes censées nous ancrer dans cette atmosphère étouffante et atroce qu’est le milieu éducatif nous sortent complètement de la ligne directrice du récit, à savoir le cannibalisme de Justine. Mais alors de quoi traite le film ? De la dépendance malsaine de Justine ou de son apprentissage des relations sociales, et même de la vie en générale ?

Car oui c’est aussi un des sujets importants du film, l’apprentissage de la vie. Le film est parsemé d’instant nous montrant l’ignorance de Justine qui se pose comme une candide, sans réelle base sociale. Son évolution est intéressante à regarder, mais l’intérêt n’y est pas, puisque ce qui nous intéresse ici – encore une fois – c’est de regarder un film sur des cannibales.

Le film passe à côté de son sujet. Pire encore, on nous vend un film à la réputation d’être insoutenable, pouvant déclencher des malaises innommables, mais on retient au final que le film est avant tout social et féministe. Attention, nous n’avons absolument rien contre ces genres de films, mais ici ce n’est pas cela qui nous pousse à payer notre séance. Aucune séquence ne choque réellement, aucune séquence ne nous rappelle le film que l’ont nous a tant vendu. Ajouter à cela un manque de vraisemblance qui frôle le ridicule, des séquences de bizutage servant de prétexte aux soirées, beuveries et vous obtenez ce résultat. Grave en devient un film non-divertissant, quasi malhonnête, qui confond teenage movie et appétit sexuel avec film gore.

Tous ces arguments pour vous montrer notre frustration intérieur devant l’anti-divertissement de ce film, mais cela ne s’arrête malheureusement pas là. L’actrice principale – certes photogénique – est complètement aux fraises (ironique pour une cannibale). Garance Marillier est très surement une actrice de talent, mais n’apporte aucune émotion à son rôle. Son jeu est lisse, voire ennuyeux. Dans un film ou justement le talent d’une actrice peut permettre d’apporter plus de sincérité au film, là encore ce dernier passe à côté de son sujet.

Le plus gros point positif du film – si ce n’est pas le seul – et à donner à la musique. Lancinante et prenante, elle correspond parfaitement à l’atmosphère que peine à dégager le film, si ce n’est justement grâce à cette BO. Un travail d’exception fait par Jim Williams.

Grave est une déception. Un film qui perd ses spectateurs, ne sachant pas par moment si il doit rire ou pleurer devant le grotesque de certaines scènes. Un film se voulant comme une allégorie de l’adolescence mais qui en devient racoleur puisque le sujet de fond n’est pas du tout maitrisé. Le film a un sujet beaucoup trop faible et ne provoque jamais, n’a aucune audace de réalisation. Un abus de séquences pseudo choc pour assurer un soutien médiatique à un film social en somme. De quoi ressortir de la salle comme on y est entré, neutre.

Ma note personnelle : 3/10

Théo Thiant

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