Publié le 30 mars 2017
par Théo Thiant

L’analyse Nanar N°4 : «Kull the Conqueror» (1997)

« Kull rocks »

– Qui connait un bon film d’heroic fantasy ?
– « Lord of the rings » ?
– Oui.
– « Conan » ?
– En effet. Quoi d’autre?
Bilbo !
– Ta gueule. Bon, est-ce que vous l’avez vu ?
-Quoi donc ?
– Mon Kull.

Dans le petit monde du Nanar, il y a un genre, et pas des moindres, sur lequel on finit inévitablement par tomber : l’Heroic-Fantasy.

L’Heroic-Fantasy, ce sont ces mondes où il fait bon vivre et où cohabitent dans un joyeux bordel des dragons, des magiciens, des nains, des elfes, des femmes à poil, des chevelus bodybuildés qui portent du cuir comme sur les albums de Manowar et parfois des trucs moins jouasses comme des nécromanciens, des démons, des monstres en tous genres ou des témoins de Jéhovah.

Ce merveilleux monde de l’Heroic-Fantasy a, au fil du temps, fait l’objet (à l’exception de quelques films très réussis, mais ça n’a aucun intérêt) d’une bonne flopée d’adaptations bien nazes comme on les aime. Et aujourd’hui, c’est dans ton Kull que ça se passe.

Kull est issu du même univers de fiction que Conan et est produit par les mêmes qui nous ont servi Her-Kull. Né sous la plume de Robert Ervin Howard en 1929. A la différence que Kull évolue dans l’âge Thurien tandis que Conan est issu de l’age Hyborien, si l’on s’en réfère à une chronologie pas toujours très claire.

Le film, en l’occurrence, est l’adaptation d’une nouvelle de Conan et devait être une suite aux deux films avec Arnold Schwarzenegger, mais suite à son refus de reprendre son rôle 10 ans plus tard, la production se tourna vers Kevin Sorbo qui jouait à la même époque Hercule dans la série du même nom. Or ce dernier préférait jouer un personnage inédit au cinéma, on lui donnât donc le gratifiant rôle de Kull, héros des milles jeux de mots.

On notera que le film fut produit par Raffaela de Laurentis, la fille de Dino de Laurentis qui produisit les premiers Conan parmi une filmographie de plus de 500 films dont 38 furent nominés au Oscars. Rien que ça.

LES +

Une histoire qui ne casse pas trois pattes à un barbare : Ça sonne comme un point négatif mais bon, vous allez me soutenir que le scénario des Conan était transcendant? Pour un film de barbarsploitation (ouais, j’invente des genres et je vous emmerde), ça se défend.

ATTENTION
Ce qui suit spoil la quasi totalité du film. Si vous voulez vous garder la surprise, sautez cette partie (spoil, ce film ne vous réserve aucune surprise).

Ouverture : Une voix off raconte une histoire chiante de dieux, de démons et d’anciens royaumes avec des noms compliqués sur fond de flammes. Un classique inhérent au genre, me direz vous. Mais tout d’un coup KULL THE CONQUEROR, DU FEU ET DU HEAVY METAL !!!! Et voila qu’un bodybuilder chevelu pète la gueule de figurants à la hache de bataille (Oui, Kull bute beaucoup de monde). Ouais, c’est ça qu’on veut voir, nom de diantre ! Tu le sens mon gros ripp-off de Conan, tu le sens mon Heroic-Fantasy bien débile comme on l’aime ? Bon ensuite il se bat en duel avec le général Taligaro, un gars avec une coupe mulet trop longue pour être honnête, et lui met littéralement le feu au Kull. Ensuite, pour faire progresser le scénario, le roi du patelin bute tous ses fils et attaque Kull, celui-ci le bute et le roi lui file sa couronne. Et ouais, la logique, c’est pour les tapettes. De plus, le général Mulet tire la tronche parce qu’il voulait la couronne pour sa gueule, peut-être pour cacher sa coiffure.

Toujours est-il qu’en 10 minutes de film, Kull passe de clodo qui n’a même pas de quoi se payer un t-shirt à roi des cons. Tu parles d’un conquérant.

Ensuite c’est chiant, Kull essaye de se taper une esclave qui lit l’avenir, mais elle préfère les petits chauves apparemment.

Ensuite il fait son rebelle et essaye de libérer tous ses esclaves mais il a pas le droit parce que la loi gnagnagna est gravée dans la pierre. PUTAIN SORS TA HACHE ET BUTE DES GENS, PAR CROM ! Et ça continue, le temps d’une scène de foule avec la plus belle bande de figurants sous Xanax, en introduisant le personnage d’Ascalante, un prêtre de Untel dieu arborant une coiffure bien immonde qui pourrait presque s’apparenter à un mulet, le tout joué par le rappeur amérindien Litefoot, qui commettra aussi l’erreur de jouer dans Mortal Kombat : Annihilation. Kull fait un discours sur la liberté du Kullte et s’en repart cabotiner plus loin.

Or, voilà pas que lors du couronnement de Kull, on cherche à lui nuire. Enfin, le scénario progresse. Il met un bon coup de pied au Kull des fourbes, le temps pour le général Mulet de faire une bonne tête de traitre. Je sais pas vous mais moi je sens le coup foireux.

Venu la nuit, les conspirateurs s’acoquinent à un sorcier pas bien recommandable, qui va de ce pas dans son repaire de sorcier pas bien recommandable accompagné d’un genre de wookie mode ECO+ pour nécromancer à tout va. C’est délicieusement folklo comme patelin, mais j’irai pas y passer mes RTT. Au passage ça prend 30 secondes la nécromancie, vous pouvez essayer chez vous les enfants. En bref, le magos ressuscite un genre de sorcière, Tia Carrere, qui est sensée jouer un rôle mais bon, on va juste être content d’avoir quelque chose d’agréable à regarder.

De fil en épée (jeu de mot de ouf) Kull fait de Tia Carrere sa reine, et on apprend que le prêtre de mes deux est le frère de l’esclave qui lit l’avenir.

Les fourbes détrônent Kull, celui-ci pète la gueule à des figurants qui ne demandaient rien, et se bouge le Kull avec le prêtre et l’esclave à la quête d’un MacGuffin complètement inutile pour vaincre la reine des bonasses.

Si la première partie du film est plutôt prenante, on perd un peu l’intérêt passé un certain point. Les scènes s’enchainent, un scénario bien basique nous promène gentiment dans un petit voyage pas bien riche en rebondissements, une scène de baston sur un bateau, DU HEAVY METAL, puis une autre dans la chambre des secrets version Picard, DU HEAVY METAL, le prêtre se fait buter, DU HEAVY MET…bon j’arrête, vous avez compris le principe, puis l’esclave se fait capturer, tout ça tout ça.

Ça troue le Kull, donc il revient se taper avec les méchants. Et là, on arrive au point Kullminant, le boss de fin. La tradition de l’Heroic-Fantasy impose un boss de fin de niveau à toute aventure, que ce soit un dragon, un magicien, un chevalier noir, une merde dans le genre quoi. Là, ça envoie du lourd. Quand il ramène son Kull pour en découdre avec les fourbes, Tia Carrere se transforme en PUTAIN DE DEMON, même s’il est bien mal animé avec des effets spéciaux d’un autre âge.

Kull échange quelques patates avec le traitre et le finit avec sa hache à deux mains +5 contre les mulets. Puis il met un coup de MacGuffin au démon (là, c’était le moment rêvé pour mettre du heavy metal mais ils ont du tout épuiser). Le démon explose dans une vomissure d’effets spéciaux et c’est réglé. Bah putain, tout ça pour ça.

Je vous épargne le happy ending chiant de Kull qui reprend son trône et qui épouse l’esclave qui lit l’avenir. Ah si, à la fin Kull pète les tablettes de la loi parce que je sais pas, c’est un gros anarchiste.

La musique : Parfois trop discrète, classique, qu’on oublie vite, la BO de ce film se lâche parfois dans des explosions de Heavy Metal. Et force est de constater que le genre s’y prête vraiment bien. Depuis le temps que le Heavy s’inspire de l’Heroic-Fantasy, il fallait bien que ça paye.

La technique : Avec un budget de 30 millions de dollars, la film se paye un technique très correct, des décors et des costumes plutôt sympas et une ambiance générale assez digne d’un Conan en son temps. Pourtant, le tout vous fera une impression assez mitigée, plutôt du niveau d’une production télévisuelle. Cette impression ne vient ni plus ni moins que du jeu d’acteur.

LES –

Les acteurs : Kevin Sorbo, bien que sympathique barbare, nous sert un héros un peu con-con et semble avoir du mal à s’impliquer dans son rôle, voir à se prendre au sérieux (en même temps on le comprend). Il nous a dit qu’il jouait bien, mais au fond il ment, Kull. Le rappeur Litefoot, quant à lui, semble avoir voulu suivre le modèle de ces rappeurs devenus acteurs mais galère péniblement à convaincre tant son jeu est poussif. Tia Carrere, de son coté en fait des montagnes pour nous prouver qu’elle sait jouer les méchantes mais c’est surtout ridiKull. Seul le général Mulet Thomas Ian Griffith sort son épingle du jeu en nous servant un bon gros traitre bien fourbe et plutôt réussi. On notera aussi l’interprétation de Harvey Fierstein en marchant d’esclaves à l’honnêteté douteuse, cabotin à souhait et plutôt agréable dans le genre.

Les effets spéciaux : Heureusement que le film n’en abuse pas avant la fin parce que ça pique un peu les yeux. Alors que la même année sortait Le Cinquième Élément, Jurassic Park: The Lost World ou encore Men in Black, les effets spéciaux reKullent de 10 ans. Même le boss de fin, une marionnette plutôt réussie et bien dégueulasse, souffre d’une mauvaise animation.

Conclusion : Voilà voilà, un petit Nanar comme on les aime, avec ses points forts, ses défauts, parfois très agréable à suivre, parfois un peu chiant, pourtant Kull est un assez bon film si l’on fait l’impasse sur ses défauts. Une chose est sûre, Kull ne fera jamais parti des nanars Kulltissime. Il vous laissera avec le Kull entre deux chaises, à vous demander s’il s’agit là d’un bon nanar ou d’un mauvais film. Mais je conseille tout de même aux fans d’Heroic-Fantasy et de Conan d’ajouter ce chef d’oeuvre à leur Kullture.

(Je tiens au passage à m’excuser pour la haute teneur en jeux de mots de merde de cet article. Le rédac’ chef m’a obligé, il me tient par les testiKull)

On se laisse avec la bande annonce en attendant la prochaine analyse nanar spéciale Noël :

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