Publié le 30 mars 2017
par Théo Thiant

L’Analyse Nanar N°5 : « Jack frost » (1997)

HO-HO-HO! Noël est pour après-demain les amis, et, parce que dans l’équipe Nanar, nous sommes les meilleurs, et que nous savons qu’un bête top cinq de l’année 2014 est loin de satisfaire nos chers et intrépides lecteurs, nous vous offrons, le cœur battant d’émotion, cette critique d’un nouveau film d’anthologie, « Jack Frost »,  élu « Nanar de Noël 2014 » parmi de nombreuses perles, comme un avertissement plein de tendresse et de compassion. Car, si à l’approche de l’ouverture (=déchiquetage) de vos cadeaux résonnent les doux carillons de l’hiver, attendez à vous à découvrir une joyeuse troupe de charmants bambins à la voix d’or et aux joues roses venus vous chanter de magnifiques cantiques… OU BIEN UN BONHOMME DE NEIGE TUEUR. ET OUAIS.

Et c’est à MONSIEUR Michael Cooney que revient l’honneur de réaliser pour nous cette comédie horrifique pleine d’audace, qu’on pourrait vaguement comparer à un « Beetlejuice » complètement cheap et foiré sur pas mal de points. Ce réalisateur assez peu connu en France est avant tout scénariste, et oscille entre son travail pour la télévision et pour le cinéma, signant notamment les scripts d’ « Identity », en 2003, et du « Silence des Ombres », en 2010.

Sa première réalisation, « Jack Frost », nous raconte l’histoire du personnage éponyme, meurtrier, nous dit-on, de 38 personnes en cinq mois, un dur de dur attrapé on ne sait comment par le shérif bouseux du coin, traduit en justice, et condamné à mort. Seulement voilà, à la faveur d’un accident entre le fourgon qui l’emmène vers le jugement dernier et un camion de produit chimique, Jack Frost parvient à s’échapper et à disparaître… Au bout d’un long et douloureux suspense, approximativement une séquence et demie (soit environ deux bonnes minutes trente), le spectateur (mais seulement lui, hein !) se rendra compte qu’un bonhomme de neige un peu chelou se balade en ville et se retrouve précisément à proximité de chaque scène des crimes qui gangrènent soudainement la ville, à l’approche des Fêtes. La suite consiste entre une prise de conscience collective, puis une succession de tentatives plus ou moins fructueuses et farfelues pour se débarrasser du monstre de neige. Joyeux Noël !

LES +

Le concept : on adore, évidemment. Quoi de plus adorable, jovial, protecteur même, qu’un bonhomme de neige ? Et quelle période plus festive, familiale, fusionnelle, que les Fêtes de fin d’années, saupoudrées de neige, de guirlandes, d’étoiles scintillantes, et de foie gras d’oies surgavées à la chaîne ? Le filon exploité est donc intéressant (d’autres auteurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, et le sujet déjà exploités, particulièrement autour du Père Noël – ce qui laisse donc à « Jack Frost » sa part d’originalité –) et permet un sacré nombre de référence et une identité propre. Bien sûr, c’est simplet, pas très malin, mais bon, on peut pas tout avoir hein.

« Jack F » : LE vrai héros de ce film, qui vous conquerra tant sous sa forme humaine (Scott Mac Donald, plus récemment vu dans « Jarhead » – 2005 –, ou dans « De l’Eau pour les Eléphants » – 2011 –,  envoie tellement de virilité avec un simple « Oh yeah… » dès le début du film qu’il devrait direct être annoncé au casting du prochain « Expendables »), que sous sa forme de bonhomme de neige (et même sous d’autres formes… On vous laisse imaginer lesquelles !), avec une personnalité super malsaine qui ferait passer Hannibal Lecter pour la petite sœur d’un enfant de cœur, une voix à faire pâlir d’envie Gollum (= translucide), et des jeux de mots super rigolos, mais qu’il ne serait pas correct de vous spoiler. (N’empêche que celui sur le thème du pipi dans la neige, il est quand même très drôle !). Non, franchement, ce personnage, toujours cadré en contre-plongée, est une réelle réussite, et la moindre de ses apparitions se solde par un succès et un franc fou-rire. Comment ça, ce n’est pas forcément le but recherché ?

L’humour des scènes d’action : car Jack n’est pas le seul attrait rigolo du film, les situations et ce que les personnages en font le sont aussi ! On pensera notamment à l’incursion d’une séquence de Western, avec quatre types qui essayent de repousser Jack à coup de sèches-cheveux… On se demande ensuite pourquoi on nous bassine avec Tarkowki ou Kurosawa en fac de ciné.

Grâce à l’utilisation de la vision à la première personne, on a également le droit à une séquence d’action inédite et inattendue, et jamais, JAMAIS, je ne me serais cru un jour dans la peau d’un bonhomme de neige en train de boxer un ado prépubère qu’il surprend en train de commencer à fricoter avec sa copine (intro d’anthologie à la séquence d’action, au demeurant, tant le déshabillage est comique). C’est un peu ça, « Jack Frost », savoir ne pas surprendre sur le fond, mais surprendre sur la forme.

Comment, enfin, ne pas parler de cette cultissime séquence de viol sous la douche, qui vous laissera bouche-bée devant l’horreur et le génie que vous inspirera Michael Cooney, sous les traits du diabolique Jack Frost ? Gageons que vous ne vous en remettrez pas.

On aimerait vous parler du génie de toutes les séquences d’action (le meurtre à coup de guirlande, le policier écrasé par sa propre voiture conduite par Jack…), mais il faudrait réécrire le scénar…

Le suspense : n’en rêvez même pas, le premier plan de chaque séquence annonce sa fin, dans les grandes lignes (l’accident de camions au tout début du film aurait fait se pendre Hitchcock avec sa propre cravate). Cependant l’action du film et ses péripéties sont suffisamment variées pour que l’on ne se lasse pas de cette incapacité monstrueuse à faire « monter la sauce ». Mieux, plutôt que de le voir comme une faiblesse, on s’en amuse, on a la possibilité de faire des hypothèses sur la fin des séquences, ce qui se révèle très amusant.

La technique : attention festival. Le réalisateur et son équipe ne reculent devant rien, et le film est un véritable panel de tout plein de techniques possibles visuellement, tant au cadrage qu’à l’image ! C’est souvent mal fait, donc moche, mais la tentative est bien là, et il y a de l’idée ! Vous aurez donc votre compte de raccords dans l’axe, de flashback, mais aussi de zoom/dézoom super violents, et de cadrages osés et novateurs comme… L’invention du point de vue flaque, qui revient à plusieurs reprises ! Oui messieurs-dames, ce n’est pas une blague, et on vous laisse découvrir de quoi il s’agit ! Si Michael Cooney revient un jour avec une véritable équipe technique, Tarantino, Ritchie, ou Wright n’ont qu’à bien se tenir !

BO : Un point sur la musique, positif bien sûr, avec des chants de noël traditionnels, mélangés aux musiques d’action plus rythmées, et un bon vieux heavy metal pour reprendre certains cantiques des plus connus ! (Presque) Aussi réussi que la BO des « Clowns Tueurs Venus de l’Espace », c’est dire si on aime !

Le générique (de fin) : on termine par la toute fin, avec des petits clins d’œil tout au long des noms qui défilent, achevant de vous faire mourir de rire… Il serait dommage de vous gâcher ce plaisir !

Les –

Le générique (de début) : long et chiant. Il s’agit d’une discussion entre un grand-père et son petit-fils sur fond de musique de Noël et de gros plans sapin. PENDANT CINQ MINUTES. Franchement, heureusement qu’on s’est accroché, mais ça a sacrément dû desservir le film… (Et puis cette voix dégueu typée personnage de hentai en anglais, c’est vraiment pas catholique de nous faire subir ça.)

Les personnages : Hélas, en dehors du fantastique « Mr Jack », les personnages sont complètement nuls, niais, et moches, en plus. D’ailleurs, on se perd entre le shérif-terrorisé-par-Jack-mais-courageux-quand-même (et ses deux adjoints identiques), le chef de la police du comté, un représentant du FBI inutile, la secrétaire, bref, un joyeux bordel qui ne dessert pas réellement le film mais qui ne l’aide pas non plus… En fait, c’est juste pas intéressant, et c’est dommage.

La technique : malheureusement, toute l’équipe n’était pas au top tous les jours sur le tournage, visiblement ! La construction du certains plans est du coup strictement identique d’une séquence à l’autre… Je veux bien qu’il s’agisse d’une comédie, mais tout de même, là, en l’occurrence, ça n’apporte rien (surtout pour un comique de répétition qui revient une ou deux fois seulement.), et on a plus l’impression d’être pris pour des gros crétins…

Les lumières ne sont, pour leur part, pas toujours cohérentes, et qu’on ne me parle pas de film à petit budget ou autre, là, c’est juste que les mecs de l’équipe ont déplacé leurs éclairages en même temps que leur cadre… Ce qui donne des ambiances bizarres, notamment sur les visages des personnages, sur certaines scènes d’action…

Enfin, l’image légèrement accélérée par moments (mais suffisamment pour qu’on puisse s’en rendre compte), sans aucune raison, ce qui n’est pas très beau, et assez ridicule (surtout pendant la séquence voulue « hot » du film…).

Conclusion :

« Jack Frost », un film qu’on pourrait qualifier de « surprenant », et qui vous fera passer une excellente soirée entre amis. Et si les moyens vous manquent pour vous procurer ce bijou, que vos parents sont des sales rats à l’approche de Noël, ou que vous vivez cachés au fond du Finistère Nord, sachez que rien n’est perdu car le film se trouve en streaming sur les Interwebs !

Vous pouvez donc retrouver la bande annonce du film sur le site youtube.fr : https://www.youtube.com/watch?v=ev0NkYfkgYE ainsi que deux versions du film sur le même site, la première en Anglais non sous-titré (https://www.youtube.com/watch?v=mM-_eSWbI2A), et la second en Français (https://www.youtube.com/watch?v=s-Jl5-7PCIU). On vous conseille bien évidemment la version anglaise, au vu de ses dialogues et de ses voix géniales !

Joyeuses Fêtes à tous, et si vous êtes encore vivants d’ici là, rendez-vous pour la prochaine Analyse Nanar !

Vince Duke

Vous aimerez aussi

L’Analyse Nanar n°7 : «...

« Un nouveau site de critique appelle une nouvelle analyse nanar », …

L’Analyse Nanar n°6 ...

Et c’est le grand retour de l’Analyse Nanar en ce mois de Juillet tellement …