Publié le 13 avril 2017
par Vince Duke

L’Analyse Nanar n°7 : « Blacula : Le vampire noir » (1972)

« Un nouveau site de critique appelle une nouvelle analyse nanar », dit le célèbre proverbe chinois, et nous autres chez AnotherVibe, amateurs inconditionnels de ce genre trop peu connu, n’oserions jamais aller à l’encontre de ce dicton au combien sacré. C’est la raison pour laquelle nous avons sélectionné à votre attention, pour cette septième analyse, un « nanar poussiéreux d’élite », de retour au grand jour après de trop nombreuses années passées dans son boîtier cassette lui faisant office de cercueil en plastique… Prenez garde à vous pauvres cinéphiles mortels, car nous vous présentons Blacula, le vampire noir, réalisé par William Crain et sorti en 1972 !

Les + :

L’intrigue

Classique, elle reprend les grandes lignes du roman de Bram Stocker, ce qui est, ici, un gage de qualité. On retrouve donc un vampire ancestral revenu à la « vie » dans les années 70, après deux cent ans de sieste, et l’amour soudain naissant pour une mortelle ressemblant à s’y méprendre à sa défunte femme (alors que lui-même était encore « humain »). Certes, le placement du drame au début des seventies est étrange, mais le côté intemporel du récit de base et de son thème principal (l’amour impossible) permet d’obtenir une intrigue simple et cohérente, avec une enquête, des rebondissements, etc, même si elle ne brille pas par une originalité particulière.

Les personnages

Pas de surprise à nouveau, aucun personnage n’est de trop, mais au moins, aucun ne manque ! Le film reste encore, par ses personnages, relativement classique. Outre Dracula, on retrouve ainsi les pendants noirs-américains de principaux protagonistes : Mia, Van Helsing, etc. Les autres ne sont que des personnages secondaires, mais de toutes façons, on s’en fout, ils meurent tous.

Le jeu

On s’attendait à tellement pire qu’on le place dans les points positifs ! William Horace Marshall, qui joue le rôle de Dracula est réellement charismatique (sans rire), et, s’il n’atteint pas le niveau de Maître Christopher Lee (mais qui le pourrait ?), il se débrouille presque aussi bien qu’un Gary Oldman, à la fois romantique et monstrueux, stoïque et torturé.

Les autres acteurs sont également au niveau, bien que leur rôle soit moins marqué par un personnage aussi important et historiquement « lourd » que Dracula. Ainsi, on a droit à un casting « très bon » à « correct ». C’est loin d’être toujours le cas.

L’intention

Pour parler de « l’intention » de Blackula (car, oui, il y en a une), on se DOIT de dire quelque chose sur la Blaxploitation. Attention, gros morceau. La Blaxploitation, c’est quoi Jamie ? Brièvement, c’est un mouvement cinématographique des années 70 qui regroupe exclusivement des films noirs-américains (produits, écrits, réalisés et interprétés par), afin de soutenir et de revaloriser l’image des afro-américains, qui sortent tout juste de près de 90 ans de ségrégation raciale.

Du coup, comme tous les films de la Blaxploitation, le but est avant tout de montrer le cinéma noir américain, son talent, ses enjeux, en bref, son intérêt. Et le film, on le voit bien, s’acharne à mettre le paquet pour montrer que les afro-américains sont tout à fait capables de tourner de bons films, et même carrément de reprendre des classiques, les oufs !

Et en soit, et bien c’est déjà une chouette idée, et une sacrée dose d’audace pour l’époque, donc à saluer respectueusement.

Les – :

L’intro

Allez, c’est là que ça se corse. L’intro, franchement, c’est un prétexte. Et c’est pourri. On nous sert deux « souverains » en train de blablater sur un futur rapprochement des deux pays (tu le sens, ton rapprochement économique Transylvanie-Nouvelle Guinée là, hein ? C’est crédible non, en plein dix-septième siècle, hein ?), discussion qui tourne mal quand l’hôte de notre ami foncé lui balance à la gueule un tas de clichés racistes, lui dit qu’il est pas swagg et qu’il a pas la hype, comme ça super gratos, et c’est pas très sympa. Du coup, ils font un shifumi, Blacula perd, il est mordu, et jeté dans un cercueil. Voilà. Normalement, c’est censé introduire une suite un minimum cohérente, en rapport avec l’intro, toussa, mais visiblement, le scénariste a décidé de vouer sa vie au culte du grand Yolo.

Le thème… Dracula 70’, bof.

Bon, on commence sérieusement à rentrer dans le vif du sujet. Autant on a dit que Dracula pouvait être intemporel, etc, autant il s’agit de s’adapter à son temps. Franchement, les années 70, les pattes d’ef’, les muscles cars, les clubs de blues, le sida, toussa, enfin je ne sais pas, si on choisit cette période là, on adapte un minimum son personnage, sinon on réalise Les Blacks Visiteurs.

Là, au lieu d’avoir un vampire à la Lestat le Vampire (créé par la reine de l’horreur littéraire Anne Rice, mère des vampires « modernes »), star de Hard Rock, qui s’adapte à son époque en portant des jeans et des blousons de cuirs, on a une espèce de Dracula avec une grande cape noire et rouge, la médaille en or autour du coup, des manières que même ta mère-grand elle ne voudrait pas que tu aies, et un parler horriblement chiant à écouter tellement ça sonne faux (pour son époque hein). Ok, c’est peut-être un peu plus réaliste (en même temps, c’est quoi ce tic de vampires émo, de faire des sièstes de deux-trois siècles tous les dix ans, en mode « ma-vie-c’est-trop-triste-je-vais-retourner-en-hibernation-en-écoutant-en-boucle-du-bring-me-the-horizon »…), mais franchement, mis à part si le thème du film est clairement le décalage de l’aspect du vampire par rapport à sa réalité (genre Dark Shadows, de Tim Burton, mais LA, au moins, c’est une COMÉDIE), c’est relou, redondant, et déjà vu. Donc là, c’est le cas.

Les autres thèmes.

On a expliqué plus haut que Blackula appartenait au genre cinématographique de la « Blaxploitation », ainsi que les spécificités de ce courant.

Donc, évidemment, les films de la Blaxploitation étaient des films engagés. Donc évidemment, ils traitaient de thèmes d’actu sensibles à ce moment-là. Donc, évidemment, ça collait totalement avec l’histoire de Dracul… Wait what ?! Non mais vraiment ? Ils ont fait ça ? Ah, oui, à priori. Bon, alors pêle-mêle, on retrouve le thème du racisme anti-noir (qui gêne l’action du Van Helsing black), l’égalité homme-femme, la critique de l’homophobie au profit de la promotion de l’homosexualité (affichée, hein, genre vraiment), le combat contre le sida, etc… Bref, que des trucs qui dénotent et rendent le message non seulement incohérent avec le genre de l’horreur, mais en plus complètement ridicule (et aussi très rigolo).

Allez, on a presque terminé, vous rajoutez bien sûr quelques effets visuels un peu cheap, vous saupoudrez avec des maquillages qui sont parfois franchement limites (et qu’on ne vienne pas me parler de l’époque hein, on est en 1972 quoi.), et vous obtenez un film qu’on regarde en pouffant de rire régulièrement, mais qui au fond, avouons-le, n’est peut-être pas si terri… Pardon ? Ah, on me souffle que j’ai oublié un point négatif ? Ah oui, c’est vrai !

LA MUSIQUE. BOWDEL.

Ok, oubliez le dernier paragraphe, en fait, juste à cause de la bande-originale, tout le film est complètement pourri. Sans rire, n’importe quel amateur de film d’horreur (quel qu’il soit) vous dira à juste titre que la musique, que dis-je, la bande-son toute entière est primordiale pour créer une ambiance angoissante, oppressante, sujette à vous faire sursauter. Prenez Alien et sa musique minimaliste, mais bien présente, accompagné des sons légendaires et inquiétants du vaisseau « Nostromo ». Prenez Halloween et le thème lancinant composé par John Carpenter lui-même. Prenez le thème principal de la saga Saw, ou n’importe quel film de vampire digne de ce nom. Maintenant que le constat est fait et établi, enfuyez-vous, courez aux antipodes des standards musicaux d’horreur que vous connaissez, peut être irez vous assez loin pour rencontrer ceux utilisés pour ce f… Ce f… Enfin ce truc qu’on s’est forcé à regarder, tellement, MON DIEU, LA MUSIQUE EST A VOMIR. Tu colles pas de la pop et de la musique disco dégueulasse des 70’s au beau milieu d’une scène où Blac-machin sort de son cercueil, mord une victime, ou s’enfuit, poursuivi par la police. NON. JE M’EXCUSE MAIS MERDE ! Je m’excuse.

Et puis tu ne mets pas de la musique TOUT LE TEMPS, parce que c’est déjà suffisamment insupportable un tout petit peu, alors pas la peine d’essayer de remplir mes oreilles de cette bouse sonore pendant une heure et demie ! Si ? Bon bah ok, d’accord. Sans déconner, on a l’impression que la musique est là pour vous faire passer le message suivant : « Mec, ce film est déjà franchement pas terrible, alors abandonne. Si si, vas-y, personne ne t’en voudras. Allez, arrêtes d’avoir mauvaise conscience, écris un truc à la con sur ce film, personne n’ira le regarder de toutes façons, et même le Rédac-chef d’AnotherVibe n’en saura rien… Allez, juste pour toi, un petit coup de main, tiens. Cordialement, bisous. – C’est bon les gars, il est presque prêt à décrocher, envoyez la musique suivante ! »

Voilà. En gros, c’est ça Blackula, un film qui aurait pu être sympa malgré son manque de budget, une idée un peu chelou mais traité presque correctement, si l’on oublie le fait qu’il se retrouve pourri par des thèmes qui ne collent pas ensemble, et une bande-son tout simplement impossible à supporter. Mais bon, tant que le pouvoir de la Gordon Titanium sera nôtre, on continuera de vous abreuver de nos pires découvertes cinématographiques, histoire de vous tenir au courant de ce qui se fait de pire… Et peut-être aussi, selon votre degré de masochisme, de vous donner envie !

La bande-annonce :

Vince Duke

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